29 mai 2026
Servoz-Gavin : Monaco en 3 actes
On va oublier 65, la Brabham cédée par Tico n'est pas encore arrivée, tout comme l'amie Véronique.
On va oublier 66, où Johnny et JPB ont un peu froissé de la tôle le week-end précédent à Montlhéry, raison probable du forfait du Grenoblois dans la Principauté.
L'acte 1 commence donc en 67, la même année que le Summer of Love. Le second acte a choisi, lui, de se dérouler au beau milieu des « événements de 68 ».
Il faudra attendre deux ans de plus pour assister à l'acte 3, qui révèlera un final inédit.
Alors oui, Monaco, Servoz, sont des mots qui vont très bien ensemble,... très bien ensemble. Johnny le « Beatles » nous a quitté il y tout juste vingt ans, cette note est aussi un hommage au virtuose de la piste qu'était le pilote grenoblois.
Francis Rainaut

JP Jaussaud, Matra - Servoz-Gavin, Brabham / Rouen 1965 F3 ©AUTODIVA,
Préambule
Georges Francis Servoz-Gavin, « Johnny » pour les dames, découvre la monoplace à l'occasion d'un reportage TV sur l'école Winfield de Magny-Cours. Dare-dare il s'y inscrit, trop tard cependant pour y disputer le « Volant Shell ». Nous sommes en 1963.
En 1964, Servoz participe à quelques rallyes ainsi qu'a la coupe des Provinces sur la Lotus Seven du Dauphiné-Savoie puis l'année suivante s'en va disputer brillamment le Volant Shell belge à Zolder. Mais, bien que très rapide en piste sur une monoplace qui connait son lot de problèmes, les jurés jugent sa conduite dangereuse et le classent second derrière un nommé Lledo. Un mal pour un bien, en définitive, étant donné les lacunes de l'Alpine F3.
Mais Johnny a d'autres cartes dans sa manche. Avec l'aide du discret Tico Martini et surtout de son amie du moment, il va toucher - tardivement - une Brabham BT21 F3 neuve initialement dévolue à Tico. Pour cette première demi-saison, Johnny se fait remarquer au point d'être recruté par l'écurie « MATRA Sports » et devenir ainsi pilote professionnel.
1966 le voit donc rater le GP de Monaco F3 pour cause probable de châssis endommagé la semaine précédente à Montlhéry. Ce qui n’empêchera pas notre pilote grenoblois d'empocher le titre de champion de France F3 en fin de saison, devant son pote Roby Weber.

1967, la première balle
La firme MATRA a de grandes ambitions en sport automobile. « La Formule 3 pour apprendre, la Formule 2 pour s'aguerrir et la Formule 1 pour s'imposer » a déclaré Lagardère à la presse.
Sur certains circuits, dont celui de Monaco, une F2 1600cc peut tirer son épingle du jeu. Matra va donc engager deux MS 5/6 lestées d'environ 80 kg pour son pilote numéro un, JPB, ainsi que pour son pilote novice en formule 2, notre blond Johnny.
Et que croyez-vous qu'il arriva ? Johnny se met rapidement en tête le tracé du circuit. En 1e séance, le voilà en fond de tableau, à 5" seulement des ténors. Beltoise le précède alors de 2".
Johnny impressionne tout le monde en 2e séance, le public commence à croire à une qualification. Beltoise est lui en proie à un problème de suspension, il ne tourne pratiquement pas. Voilà Servoz-Gavin 13e à 3" des meilleurs.

La 3e séance a lieu le samedi après-midi après les manches qualificatives de F3. Là Johnny offre un récital en plaçant sa petite Matra devant des ténors tels que Chris Amon, Mike Spence et autres Jochen Rindt.
Bilan: 11e position sur la grille. Et encore Johnny a-t-il du interrompre sa prestation suite à un fausse manœuvre de Bandini. L'autre Matra est non-qualifiée, elle a cumulé les ennuis au grand dam de Beltoise.
Et cela continue pour la course, Johnny se faufile crânement parmi les ténors, évite habilement la traînée d'huile laissée par la Brabham d'Old Jack, et puis c'est à nouveau la mécanique qui lâche un deuxième pilote Matra.
Servoz ne pourra effectuer que quelques tours avant de s'arrêter à son stand pour des problèmes d'injection. Mais quelle prestation ! Quelques team managers sauront s'en souvenir.

1968, top team cherche pilote rapide
Étrange année que celle-là qui voit Matra entrer par la grande porte en formule 1. Qui voit aussi son pilote vedette se blesser au poignet lors d'une course de formule 2 et offrir ainsi l'opportunité à des pilotes Matra, français de préférence, d'effectuer leurs grands débuts dans la formule reine.
En Espagne à Jarama, c'est Jean-Pierre Beltoise qui se voit offrir le volant de la Matra-Ford MS10 de Jackie. Il s'en acquitte avec brio et parvient même à mener la course, avant qu'une fuite d'huile perfide ne lui impose un arrêt au stands. Bilan très positif, une 5e place à l'arrivée même si on s'était pris à rêver mieux derrière notre transistor via un reportage assuré par l'irremplacable Tommy Franklin.
A Monaco, Jean-Pierre a pour mission de faire débuter la lourde Matra MS11 V12. Ken Tyrrell n'a pas oublié la splendide prestation de Servoz-Gavin l'année précédente sur sa petite F2. Va donc pour Johnny, même s'il n'est pas totalement en odeur de sainteté chez Matra à ce moment-là.
Arrivent les essais. Ken et Jackie coachent Johnny tout ce qu'ils peuvent. Ce dernier hésite entre les deux châssis, il finira par jeter son dévolu sur le plus solide, MS10/01.
Première séance, Johnny se familiarise avec une formule 1 3 litres.
Deuxième séance, Graham Hill, déjà le plus rapide la veille, claque le meilleur temps en 1'28''2. Mais la surprise du jour c'est le deuxième temps de Servoz le rookie qui suit Graham avec un temps de 1'28''8.
Le samedi, il pleut, et personne ne parviendra à égaler les temps de la veille.

Et la foule - majoritairement francophone - de se mettre à rêver. Après une bonne décennie de disette, il est temps de revoir au sommet voiture et pilotes français. Et ça commence à sentir bon !
Le dimanche, Servoz part comme une flèche, attaque à fond et aborde Sainte-Dévote en tête. A la fin du 1er tour il compte déjà plus d'une seconde d'avance sur Graham Hill, « Mister Monaco ».
Au passage suivant, Johnny a porté son avance à 2 secondes devant Hill, Siffert et Surtees.
Troisième tour, trois secondes d'avance. Fin du quatrième tour, déception pour le public qui voit pointer en tête les deux Lotus. La Matra arrive au ralenti depuis le Bureau de Tabac, demi-arbre de transmission gauche cassé net. Johnny a heurté le rail à la chicane, même s'il ne veut pas l'admettre.
Même s'il ne termine pas, il aura ce jour-là durablement marqué le paysage du sport automobile...

1970, l'instant où sonne l'hallali
L'année débute de curieuse manière. Contrat de second pilote de l' « Elf Team Tyrrell » en poche, Johnny s'en va disputer le 11 janvier un infernal « Rallye Infernal ».
Infernal, c'est bien le mot. Dans des conditions dantesques, le Grenoblois effectuait une portion dans la boue quand son visage - non casqué à ce moment-là - fut heurté de plein fouet par une branche. Dans la vie il y a des cactus, mais dans son œil droit il y a une épine qui a traversé.
La suite est connue des aficionados. Exilé dans la chambre sombre d'une clinique où plus personne ne s'intéresse à lui, Johnny broie du noir... et cogite. Le purgatoire s'éternise. Seule la belle Olga s'occupe encore de son Johnny.
Le mois de janvier s'achève, l'épine est toujours là. Servoz n'en reprend pas moins la compétition, mais n'est pas encore assez remis pour disputer les 24H de Daytona.
7 mars, GP d'Afrique du Sud. Tant aux essais que pendant la course, Servoz-Gavin y est très loin du compte.
21 mars,12h de Sebring, participation quelconque.
12 avril, 1000km BOAC. R.A.S.
19 avril, GP d'Espagne. Le seul mérite du second pilote Tyrrell fut de terminer. Johnny récolte 2 points.
25 avril, 1000km de Monza. Ultime course significative de Johnny Servoz-Gavin.

Arrive le GP de Monaco, « son » Grand Prix. Johnny loue à Cannes pour l'occasion un bateau de trente-sept mètres pour y inviter une bande d'amis.
Aux essais, son coéquipier Jackie Stewart place sa March bleue en pole position.
A la grande surprise du public qui l'attend à Monaco, Johnny n'y est pas, n'y est plus du tout. Il sort de la piste pendant la 2e séance et doit alors ce rabattre sur le mulet Match 701-04. Rien n'y fait, Servoz n'est pas qualifié, il est à près de 3" de la pole de Stewart sur la même monture, ce qui fait beaucoup en 1970.
Le soir-même, il organise une grande fête sur son yacht et annonce à la cantonade que s'en terminé entre lui et la course automobile. Les fans sont stupéfaits, au moins autant que François Guiter et Ken Tyrrell.
Laissons Matt Bishop nous livrer le mot de la fin:
« ... L'histoire du sport automobile est jonchée de talents perdus, mais celle de Servoz-Gavin est particulièrement poignante car ses limites n'ont jamais été psychologiques. Il n'a pas perdu son talent, ni même son courage. Le développement des technologies automobiles ne l'a pas laissé de côté. Non, sa chute brutale est venue d'une pure malchance. À cette époque, les carrières en F1 se terminaient généralement par des accidents gigantesques causant des blessures redoutables ou même, trop souvent, des morts. Celle de Johnny a été terminée par une brindille. »
- Photo 2, ©AUTODIVA, Histoire française de la Formule 3 1000cc 1964-1970
- Photo 3,4,7, ©gettyimages
- Autres Illustrations ©DR
18:43 Publié dans j.servoz-gavin, j.stewart, jp.beltoise | Tags : gp monaco, servoz gavin | Lien permanent | Commentaires (0)



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