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21 janvier 2026

Lella Lombardi, le talent tout simplement

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Les femmes qui ont accédé à la formule 1 se comptent sur les doigts de la main. Parmi elles Maria Teresa de Filippis, Divina Galica, Desiré Wilson, Giovanna Amati et enfin, Lella Lombardi.

Cette dernière fut la plus assidue, 18 engagements et 12 départs, probablement la plus talentueuse. Ceci dit sans offenser outre mesure les autres. Les performances de Lella en qualification, sa sixième place lors du Grand Prix Espagne 1975 certes obtenue dans des circonstances particulières, ses résultats engrangés dans d’autres disciplines que la Formule reine la placent en haut du tableau.

François Coeuret


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Les autres n’ont pas démérité. En effet Desiré Wilson est la seule gagnante d’une course assimilée à la F1, Brands Hatch 1980 lors de la série Aurora. Elle termine sixième du Championnat réalisant deux podiums. Elle accomplit aussi de bonnes performances en endurance et en CART. Maria Teresa de Filippis, compatriote et modèle de Lella Lombardi, a disputé trois courses F1 parmi ses cinq engagements. Une dixième place sera son meilleur résultat en Championnat officiel et une 5e à Syracuse hors championnat. Divina Galica et Giovanna Amati échouèrent lors des qualifications des quelques courses du championnat du monde où elles furent inscrites. Maria de Villota qui devait courir pour Marussia en 2012 fut victime d’un grave accident en essai privé. Elle disparut un an après des suites du terrible choc qu’elle subit.

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Naissance d’une passion

Lella Lombardi est née le 26 mars 1943 dans le Piémont en Italie avec la course automobile dans le sang. Elle est attirée très jeune par la conduite et débute avec son père au volant de la camionnette de la boucherie familiale ! On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec le jeune Jean Pierre Beltoise... Elle passe au kart (1965) puis embraye dans son pays par la formule Monza où elle se révèle (championne d’Italie en 1970). Elle effectue aussi quelques courses de Formule Ford.

 

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Objectif Formule 3

Après avoir acquis les bases du pilotage et montrer de belles dispositions, du haut de ses 1,58 m elle se lance dans le Championnat d’Europe de Formule 3 sans complexe et avec une ferme détermination. Féministe convaincue, la course est sa passion. Elle n’hésite pas à affronter les sourires narquois teintés de sous-entendus flagrants, ceux des jeunes loups aux dents longues d’une série très compétitive. L’antichambre des futurs pilotes de Formule 1...

Elle obtient de bons résultats face à la gent masculine sans se laisser impressionner par la conduite agressive de certains qui prennent un malin plaisir à se comporter comme des rustauds sur la piste. Cela lui permet de grimper un échelon pour se lancer en F 5000. Elle se classe cinquième du Championnat 74. Une excellente performance compte tenu du niveau des pilotes de pointe.

 

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Deux pieds en Formule 1

La jeune femme s’est fait remarquer dans le milieu notamment par sa détermination. C'est en Grande-Bretagne qu'elle est engagée pour la première fois dans une épreuve du championnat du monde F1 sur une Brabham BT42 Cosworth louée par son manager. Elle portait un étrange numéro : 208. Elle échoue à neuf dixièmes de la qualification. Une première expérience où la préparation insuffisante de l’auto ruine ses espoirs de figurer sur la grille de départ d’un Grand Prix. Cette même saison, elle termine troisième lors de sa première course en Intersérie.

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Pour la saison 1975 de F1, le Comte Zanon, Elf et des sponsors italiens la soutiennent pour courir sur une March 751 avec la trentaine de mâles qui composent la série reine du sport auto.  Méritante, la petite italienne s’accroche dans un châssis qui n’est pas de toute première fraîcheur alors que son écurie favorise techniquement Vittorio Brambilla et Hans Stück. L’Italien ainsi qu’Arturo Merzario sont ses plus fervents supporters. Sa sixième place au GP d’Espagne lui vaut un demi-point, la course ayant été arrêtée à cause du dramatique accident de Stommelen qui coûta la vie à cinq spectateurs. En Allemagne, sur la difficile Nordschleife du Nürburgring, elle termine à la septième place, à 2 minutes 30 secondes des points. « le Nürburgring fut sa meilleure course », déclara alors Robin Herd. Ses performances font de l’italienne la pilote la plus compétitive de la série dominante. 

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A ce jour Lella Lombardi demeure la seule femme à avoir terminé un Grand Prix officiel dans les points. Eclectique elle court aussi avec Marie-Claude Beaumont en proto 2 litres sur une Alpine A441 notamment aux 24 Heures du Mans 1975. Elles abandonnent dans la Sarthe mais finissent quatrièmes des 1000km de Monza. En 1976, elle est inscrite à cinq Grands Prix, finit quatorzième au Brésil sur une March (Lavazza).

L’Italienne intègre ensuite le RAM Racing une écurie de second plan en proie à des soucis financiers et judiciaires qui engage des Brabham BT44. Lella est non qualifiée en Angleterre et en Allemagne, douzième en Autriche et finit la saison par un forfait en Italie. Une fin de participation douloureuse dans une équipe qui ne la mérite pas.

 

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Une carrière poursuivie en Endurance

Cette même année elle court en championnat des voitures de sport. Elle se classe deuxième en catégorie GTP lors des 24 Heures du Mans au volant d'une Lancia Stratos et termine cinquième des 6 Heures de Silverstone au volant d’une Porsche.

Se tournant définitivement vers l’endurance, elle réalise en 1977 sa meilleure performance aux 24 Heures du Mans, la onzième place avec Christine Beckers sur une Inaltera. Elle monte sur le podium lors des 250 km d'Imola. Elle ne dispute que deux courses en 1978 avant de faire son retour à plein temps en 1979. Elle remporte sa première victoire lors des 6 Heures d'Enna-Pergusa avec une Osella-BMW. Trois mois plus tard, elle gagne les 6 heures de Vallelunga. Elle partage ses deux victoires avec ses équipiers, respectivement Grimaldi et Francia.

Elle s’octroie une troisième victoire en 1981 lors des 6 Heures de Mugello, ce qui lui vaudra, avec deux autres podiums, la cinquième place du championnat bien sûr partagée avec son équipier Giorgio Francia.

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« Lella était la co-pilote parfaite », raconte "Christine". « Elle était bien plus préoccupée par les réglages que moi, excellente avec la mécanique et très rapide. Mais elle voulait que je sois tout aussi rapide et me donnait toujours des conseils et de l'aide. Elle était passionnée par la course. Elle ne s'intéressait ni à la musique, ni à la lecture, ni à la culture ni à autre chose. Juste à la course, et aussi à la pêche. »

 

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Tourisme et création d’une écurie

Elle poursuit ensuite sa carrière en Championnat d’Europe tourisme au volant d’une Alfa Roméo. Ses résultats contribueront à plusieurs titres remportés par la firme italienne.

En 1988 Lella crée sa propre écurie après avoir raccroché son casque. Elle se lance dans un nouveau challenge… Mais elle lutte contre une vilaine affection. Le cancer l’emporte le 3 mars 1992 à l’approche de son cinquante et unième anniversaire.

Lella Lombardi avait l’étoffe d’une excellente pilote de Formule 1. Cela ne fait aucun doute, elle aurait réalisé de bien meilleures performances si elle avait pu prendre le volant de monoplaces dignes de son talent.

L’Italienne fut la plus brillante des pionnières mais la formule 1 attend toujours en ce début de XXIe siècle une ou plusieurs femmes sur ses grilles de départ.

 

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Sous forme d'épitaphe

Laissons la parole à Giusy Remondi (de Lella Lombardi Autosport) :

« Elle parlait souvent de sacrifices. Elle n'était pas riche – son père était boucher – et, sans sponsors au départ, elle dormait dans son camion pour économiser de l'argent. Elle a travaillé dur pour obtenir ce qu'elle voulait. Elle avait la force d'un homme mais la sensibilité d'une femme : elle était gentille et transmettait la sérénité. Elle et Fiorenza formaient un beau couple, réservé ; Les projecteurs n'étaient jamais braqués sur elles... »

« ... Sur son lit de mort, elle nous a demandé de poursuivre l'équipe pour préserver ce qu'elle avait accompli. Sa passion, sa détermination et sa modestie nous manquent. »

 

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- Illustrations  ©DR

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