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27 juin 2026

La chance de Mercedes - 24H du Mans 1952

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« D'abord, je dois mettre les choses au point. Je voulais être le maître de la voiture que j'avais engagée à mes frais et faire la course tout seul, je m'en sentais capable, Marchand mon équipier le savait...

A partir de quatre heures du matin, je me suis trouvé devant de trop grandes responsabilités. J'étais en tête et j'avais à défendre non seulement le prestige national mais aussi la réputation de Talbot. Je me sentais bien et je savais que j'allais plus vite que les Allemands. S'il fallait refaire la course, je ferais à nouveau ce que j'ai fait.

Personne n'a compris que lorsque je descendais de la voiture, je n'étais pas fatigué. Je suis toujours resté lucide ».

François Coeuret


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Pierre Levegh se justifie

Ainsi s’exprime pour la presse Pierre Levegh à l’issue des 24 Heures 1952. Le pilote de la Talbot Lago #8 a tout donné lors de cette épreuve. René Marchand son équipier n’a pas eu le loisir de piloter. Après un marathon de près de vingt-trois heures il fut trahi par la rupture d’un boulon de vilebrequin. Beaucoup lui ont reproché son entêtement à conduire car la fatigue accumulée peut l’avoir contraint à piloter moins efficacement.

 

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Ferrari 250S : Alberto Ascari - Villoresi

Les concurrents

Après une difficile reprise en 1949 le plateau s’est musclé depuis. Les constructeurs ont mobilisé leurs forces pour bien figurer, voire vaincre.

Les favoris sont multiples. Jaguar, Mercedes, Ferrari, Cunningham, Aston Martin, Talbot mais d'autres marques comme Gordini ou Nash Healey ne sont pas là pour se contenter de figurer.

Nash Healey n’engage qu’une voiture (4.1L). Lors des Mille Miles un des deux coupés fut détruit. Healey modifie la deuxième voiture et avec des éléments de l’épave en construit une nouvelle pour les 24 Heures.

Jaguar le tenant du titre a modifié ses carrosseries. Des bruits parvenus à l’oreille de l’écurie concernant la vitesse de pointe des Mercedes lors de l’épreuve des Mille Miglia ont motivé l’évolution. Deux types C pour Moss-Walker et Whitehead-Ian Stewart.

 

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Gordini T15S : Manzon - Behra

 

Gordini engage une légère barquette T15S 6 cylindres 2.3L pilotée par Manzon-Behra. Une T15S 1.5L est alignée pour Loyer-De Clareur.

Talbot présente des T26GS (4.5L) engagées pour Chaboud-Pozzi, Levegh-Marchand et Morel-Chambas.

Ferrari déploie deux berlinettes usine, 225S et 250S pilotées par Boncompagni-Cole Jr et Ascari-Villoresi. Mais aussi plusieurs voitures privées, quatre 340 America (Chinetti-Lucas) - (Simon-Vincent), (Rosier-Trintignant), (R.Dreyfus-PL.Dreyfus), un coupé 212 (Moran-Cornacchia).

Cunningham et Aston Martin ont acheminé sept voitures. Trois autos côté américain munies du puissant V8 Chrysler 5.5L (Cunningham-Spear), (Walters-Carter), (Fitch-Rice). Quatre anglaises, des DB3 Spyder ou coupé usine (Parnell-Thompson), (Poore-Griffith), (Collins-Macklin). Une DB2 privée (Mann / Morris-Goodall).

 

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L’équipe Mercedes concourt avec trois 300SL 3L (Kling-Klenk), (Lang-Riess), (Helfrich-Niedermayr). A l’écart des favoris Porsche engage deux 356 1.1L et Lancia des Aurélia B20 2L. Enfin sont présents Allard (J2X - moteur 5,4L Cadillac), Frazer Nash, Panhard (Dyna), Monopole, Renault (4CV), Osca, Jowett Jupiter, Constantin, DB, Morgan.

Un superbe plateau avec en prévision une course indécise compte tenu du nombre marquant de vainqueurs potentiels.

 

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Le début de course, la surprise Gordini

Ces 24 Heures ont reconquis leurs lettres de noblesse. Elles ont drainé un public considérable autour du circuit, deux cent mille spectateurs. Ils sont attirés par la perspective d’une compétition très disputée et l’enjeu posé du côté constructeurs. Au départ deux Cunningham font illusion mais la première heure de course atteinte c’est une Ferrari 340 America de l’écurie Chinetti qui mène la danse. Au volant André Simon et Lucien Vincent. Ils vont tenir deux heures en tête mais céder ensuite la première place à l’étonnante Gordini T15 S de Manson-Behra. Les deux pilotes exploitent à merveille la légèreté de leur voiture et le copieux 6 cylindres de 2.3 litres. Ils tournent sous les 5mn au tour dans le lot des plus rapides avec les Ferrari, Talbot, Cunningham et Mercedes. Leur domination va les mener jusqu’à la onzième heure de course, une performance de haute volée qui met en lumière le talent des deux pilotes. Malheureusement à 3 Heures dans la nuit un gros problème de freins va interrompre leur ronde. En embuscade Levegh prend le commandement. Il pilote seul et augmente régulièrement son avance sur les Mercedes.

 

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Talbot-Lago T26 GS : Levegh

La course solitaire de Levegh

Les Jaguar surchauffent. En cause leur nouveau capot avant. L’écurie n’a pas eu le temps de jauger l’efficacité du refroidissement dans les conditions de course. Elles ont rapidement abandonné. Les Aston Martin cumulent les ennuis de même que les Ferrari. Les Cunningham souffrent de problèmes de soupapes et accusent un poids excessif. Les Mercedes et la Nash-Healey tournent avec régularité mais un ton en dessous de Pierre Levegh qui fait l’admiration des observateurs après tant d’heures passées au volant. Le pilote parisien est coutumier du fait puisqu’il accumula de nombreuses heures consécutives au volant lors de l’édition de 1951. Peu avant la dernière heure de course la victoire semble acquise mais c’est sans compter sur les affres de la rupture mécanique. Elle va anéantir les efforts de Levegh et sa remarquable résistance. Après 3500 km, le vilebrequin lâche suite à la rupture d’un satané boulon. Nombreux sont ceux qui ont reproché à Pierre Levegh d'avoir trop présumé de ses forces. Il n’est pas certain cependant que cette casse ait un rapport avec le pilotage du Français(*).

 

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L’opportunisme germanique

Une aubaine donc pour les Mercedes qui roulaient derrière la Talbot. L’équipe allemande hérite d’un succès chanceux et réalise le doublé. Le retentissement de cette première victoire vaudra à la firme un regain d’intérêt auprès du public et une embellie des ventes. Mercedes se rappellera de la performance de Levegh en l’engageant pour l’épreuve de 1955. Chacun sait quel évènement terrible y adviendra.

La Nash Healey régulière et endurante finit sur le podium. La Cunningham du patron (Briggs) termine quatrième devant la Ferrari 340 America de Simon-Vincent et la Lancia Aurelia B20 de Valenzano et Castiglioni. A noter que les italiennes ont fait preuve d’un belle fiabilité, la seconde voiture (Bonetto-Anselmi) se classe huitième derrière l’Aston Martin DB2 de Peter Clark et Mike Keen. L’épreuve a généré beaucoup d’abandons, dix-sept voitures classées sur cinquante-sept partants.

 

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Monopole-Panhard : Hémard-Dossous classés 14es

Notes :

(*) Pierre Levegh expliquera par la suite qu’il n’avait pas tenu seul le volant par gloriole. Le samedi soir de l’épreuve il détecte des vibrations moteur tandis que son compte-tour ne fonctionne plus. Il décide donc de piloter seul car il s’est habitué à monter les régimes à l’oreille jusqu’à la limite acceptable. Ce à quoi son équipier n’est pas rompu.

A l’approche de l’ultime heure de course l’équipe Mercedes s’était résolue à finir derrière la Talbot qui avait creusé un écart conséquent sur les équipages allemands. La surprise fut totale lors de l’abandon de Levegh. On pourrait qualifier ce succès de victoire par raccroc mais cette course récompense les mécaniques surmontant les deux tours d’horloge. Les voitures à l’étoile se sont acquittées de la tâche avec deux autos sur les trois engagées. La troisième abandonna sur panne de dynamo.

L’Automobile club de l’Ouest attribua une Coupe des dames assez particulière en 1952. Aucune femme pilote ne participa à la course. C’est l’épouse de Pierre Levegh qui reçut le trophée.

Si toi aussi tu m'abandonnes...


- Illustrations ©DR

Commentaires

Concernant l'abandon de Levegh, j'ai un souvenir qui date.... bon, enfin qui date ! Les Talbot de cette époque étaient majoritairement équipées d'une boite de vitesses préselective Wilson. Comme son nom l'indique, la boite pouvait être manoeuvrée par le conducteur avant qu'il n'ait vraiment besoin de la vitesse choisie. L'enclanchement de la vitesse se faisait ensuite en "bottant" la pédale d'embrayage. Le sélecteur de vitesse était une manette qui se déplaçait de manière linéaire sur un support métallique en forme de secteur d'environ un quart de cercle (genre sextant). Les vitesses étaient très proches les unes des autres. Levegh aurait fait une erreur de manip' du sélecteur de viesses, ce qui aurait causé un surrégime provoquant la destruction du vilebrequin moteur. Cet évènement se produisit durant la dernière heure de course, on peut supposer que Levegh était très fatigué.......

Écrit par : Raymond Jacques | 27 juin 2026

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Merci Raymond pour cet éclairage technique. On peut voir sur le site Motorlegend (Talbot T 26 GS de Pierre Levegh) le sélecteur en question sur la Talbot restaurée par un espagnol. Le "sextant" en question est en quelque sorte l'ancêtre des sélecteurs séquentiels modernes. L'angle qui sépare les rapports AR-N-1-2-3-4 est faible de sorte que le maniement semble nécessiter en effet précision et concentration. Au Mans 52 l'hypothèse d'une erreur de manip la fatigue aidant tient la route si l'on peut dire!

Écrit par : F.Coeuret | 28 juin 2026

Dans l'excellent ouvrage "TALBOT" d'Alain Spitz, il est écrit que le démontage du moteur de la voiture de Levegh a bien confirmé la rupture d'un boulon de contrepoids du vilebrequin.
Suite à un surrégime, nul ne le sait ... mais on peut penser qu'une 2e victoire au Mans après celle obtenue en 1950 aurait peut-être changé la destinée de la firme de Suresnes.
Et éventuellement celle de Pierre Levegh, le pilote maudit.
Bravo François pour cette note très instructive.

Écrit par : Francis Rainaut | 28 juin 2026

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