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22 décembre 2025

Pan ! Pan ! Panhard ! ! !

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Une histoire compressée, édulcorée et raccourcie de l’entreprise Panhard.

La société Panhard et Levassor, la doyenne des constructeurs automobiles français, fut créée en 1886, par la transformation d’une usine préalablement dédiée à la fabrication de machines à bois. Après une histoire personnelle et familiale passablement compliquée, Madame Levassor fut en mesure d’apporter à l’entreprise le brevet du moteur à essence déposé en Allemagne par Gottlieb Daimler.

Raymond Jacques


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L’usine Panhard & Lavassor au début du XXe siècle. On peut voir les fortifications de 1874 avec, à droite de l’image, un bâtiment en « U » situé en face de l’usine qui est un bastion, casernement militaire pour loger les défenseurs de la ville de Paris. Du côté banlieue de la photo existe un espace théoriquement libre pour des combats rapprochés sans entraves. Mais, abandonné par l’armée, il sera vite occupé, bidonville avant la lettre, et connu comme étant « la zone » pour reprendre l’appellation militaire, ses habitants devenant ainsi les « zonards » (1). De cette usine sortent 195 exemplaires de l’automobile type A entre 1890 et 1896… 

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La première de toutes les Panhard, logiquement appelée Type A

 

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L’entre-deux guerres

Panhard se spécialisa dans la production de lourdes berlines de luxe animées par des six-cylindres sans soupapes.

Ainsi la stupéfiante et pachydermique Dynamic, fut construite de 1936 à 1940. Sa conduite était presque au milieu de la banquette avant, juste légèrement décalée vers la droite !

 

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Panhard produisit aussi des camions animés par un increvable Diesel de 5,7 litres de cylindrée, référence 4HL (pour 4 cylindres huile lourde). Ce moteur était aussi utilisé par Chausson et Isobloc pour leurs autocars  et par Somua et Delahaye pour leurs camions. 

 

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Le Temps des Records de Vitesse.

Dans le domaine du sport automobile Panhard se lança très tôt à la conquête de records de vitesse en réalisant de curieux prototypes expérimentaux en 1926 et 1934 :

Les « Lame de Rasoir » :

Joli nom pour évoquer la finesse des Panhard de records qui présentaient un maitre couple minimal (surface frontale au niveau le plus large du véhicule, notion utilisée aussi en aéronautique et en constructions navales).

 

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La « Lame » 1926.

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Étonnante face avant d’une étroitesse maximale

 

Celle-ci est la « petite » 10 CV 1500 cc, il en existera une « grande » de 20 CV 5300 cc qui s’adjugea le record mondial de vitesse à plus de 185 km/h.

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Une curiosité sur la 10 CV, le cockpit est tellement exigu que le corps du pilote passe à travers le volant !
Ce dernier est doublé d’une crémaillère circulaire !

 

Panhard ne manqua pas d’appuyer sa communication commerciale sur les performances de ses voitures de records, car les « Lames de Rasoir », si spectaculaires fussent-elles, ne furent pas les seules Panhard à se mesurer au chronomètre…

 

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1934 : La 8 cylindres en ligne.
En piste à Montlhéry pour un record de l’heure à plus de 185 km/h…

 

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La seconde guerre mondiale.

Panhard continue la production de camions de divers tonnages, et avec un certain succès (militaire) de l’automitrailleuse 178. Permettons-nous un bref saut dans le futur avec l’Engin Blindé de Reconnaissance (EBR) une étonnante machine de guerre, sortie toute armée des cerveaux fertiles des ingénieurs « maison » au début de la seconde moitié du XXème siècle.

 

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Les toutes premières D.B. Citroën, plutôt tarabiscotée en 1938.

 

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Une autre DB « Citron », années 45/46, sage carrosserie « ponton »

 

Avant que les bureaux d’études Panhard ne travaillent sur l’EBR, eu lieu la rencontre fortuite de deux hommes socialement très différents. L’un, René Bonnet est garagiste, et l’autre, Charles Deutsch, est ingénieur X-Mines et accessoirement passionné d’aérodynamique. Ils avaient une commune passion pour la course automobile, et, à la fin des années 30 ils construisirent des barquettes de compétition animées par le moteur 1900 cc  de la Taction Avant 11 CV Citroën.

 

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La rencontre Deutsch et Bonnet !

 

René Bonnet dirigeait le garage familial avec sa sœur et ils l’avaient mis en vente pour s’agrandir. Charles Deutsch recherchait un local industriel. C’est ainsi que naquit la marque D.B..

Dans le même temps, la paix étant revenue, l’entreprise Panhard prend un virage radical en ce qui concerne les moteurs qu’elle fabrique. Elle abandonne les pesants 6 cylindres en ligne sans soupapes difficiles à fabriquer pour passer à un génial bicylindres à plat (flat twin) refroidi par air concocté par l’ingénieur maison Louis Delagarde. La première voiture qui en est dotée est la X86, qui est très vite engagée dans les plus grandes courses : Monte Carlo, Targa Florio, Mille Miglia… Elle hérite du surnom « Louis XV » en raison de ses lignes courbes tant appréciées pour son mobilier par le roi « bien-aimé » (mais pas tant que ça). De la sonorité particulière de ce moteur (entre la moto BMW et la 2 CV Citroën) a découlé un surnom quasiment inévitable :

La PAN PAN ! ! !

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Beaucoup de petits constructeurs et carrossiers vont se précipiter sur la X86 pour en faire des bêtes de course.

 

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Le plan Pons réserve l’acier à la reconstruction de la France (voies ferrées, ponts, structure d’usines, navires), Panhard choisit l’aluminium pour sa Dyna de 1947. Ce choix est reconduit pour la Dyna Z de 1964 avec une carrosserie aérodynamique. Mais, beaucoup plus  familiale que sportive, elle n’inspirera pas les mordus de compétition.

 

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Après la D.B. Citroën, voici la D.B. Panhard

Le 2 litres Citroën est abandonné rapidement par Deustch et Bonnet pour être remplacé par le flat twin Panhard qui permet de courir avec succès dans les petites cylindrées : 610 cc, 745 cc, 851 cc. L’aluminium est de plus en plus remplacé par la résine polyester et la laine de verre. 

 

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Le flat twin Panhard dans une Dyna Z

 

Les D.B. de compétition revêtent des formes multiples :

  • Les barquettes et les voitures de sport fermées

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Les premières barquettes vers 1950

  

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Le profil extrêmement fin des voitures du Mans de 1960 et 1961

 

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Le coach fabriqué en (petites) séries,
sorti en 1952 avec des phares escamotables

 

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La « camionnette », Targa Florio 1960 (dessin by JaC)

  

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La « vitrine » Le Mans 1960 (dessin by JaC)

 

  • Les monoplaces
    - Les Racers 500

Les racers 500 (pour 500 centimètres cube), la « mode » est venue de Grande Bretagne dans l’immédiat après guerre, elle concernait des monoplaces très légères équipées de moteurs de moto, majoritairement des « gromono » Norton, JAP, BSA et autres. Les Allemands vinrent se frotter aux Britons avec des flat twin BMW et la France s’y mit aussi avec D.B. Panhard.

  

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Le racer 500 D.B. (dessin by JaC)

 

Le moteur Pan-Pan passe de 600 cc à 500. Le racer D.B. est une vraie voiture avec une marche arrière (pratique quand le pilote va « jardiner ») que n’ont pas les voitures à moteur de moto qui utilisent des chaînes (d’après un pilote de Morgan, deux vitesses : vite et très vite !). 


- Les « Monomill »

C’était une compétition monotype créé par Charles Deusch, la SOCODEC (crédit auto et moto) et GIFRER (chimie). Elle se déroule en 1954 sur plusieurs circuits français, les voitures étant tirées au sort par les pilotes juste avant la course. Ces autos étaient dérivées du racer 500, équipées d’un moteur 850 cc pour 55 ch (celui de la « Z »). Le gagnant de cette première série se nomme Joseph Schlesser. En 1955 survient l’épouvantable accident de Pierre Levegh au Mans qui fit 83 morts et les course automobiles furent interdites en France (et dans d’autres pays).

 

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La Monomill de D.B.

 

D.B. était devenu en quelque sorte le service compétition de Panhard ! Les petites D.B. alignèrent les succès à l’indice de performance des 24 Heures du Mans (la plus grande distance parcourue en fonction de la cylindrée), si bien que la D.B. devint la voiture qui a gagné les 24 Heures ! (2)

 

Les autres utilisateurs du flat twin Panhard X86

Monopole. Les bougies Monopole (ex Floquet) avaient constitué une équipe dont les voitures étaient reconnaissables à leurs portières transparentes à ouverture « papillon » comme les… Mercedes 300 SL !

 

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L’écurie Monopole

 

Pichon Parat Carrossier à Sens

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La X86 Dolomites

 

Les Panhard Riffard. Ingénieur et aérodynamicien Marcel Riffard dessina les avions Caudron Rafale, détenteurs de nombreux records. Dans les années 50 il étudie pour Panhard des voitures de course présentant un profil d’aile d’avion à portance zéro. Un garagiste et pilote parisien, Pierre Chancel les pilotera dans diverses compétitions

 

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Virage de Thillois 12 heures de Reims 1953

 

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Panhard X88 : un « tank » Riffard

 

La X86 a inspiré énormément de (vrais) carrossiers et encore plus encore de constructeurs amateurs pour créer des autos le plus souvent destinées à la route et pas à la course. Un exemple que j’adore (! ! !), par Allemano :

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La face avant ressemble à celle d’une Studebaker (Loewy)
qui eut été greffée sur une Simca 1000 coupé ! ! !

 

Les CD Panhard : après 1961 Deutsch et Bonnet se séparent car ils ont des divergences de vues incompatibles. Deutsch continue seul avec Panhard, alors que Bonnet se tourne vers Renault. Les CD (Charles Deutsch) présentent une aérodynamique poussée avec deux dérives à l’arrière de la voiture pour une meilleure stabilité. C’est cela qui, théoriquement, devrait compenser les faiblesses du flat twin Panhard, maintenant arrivé au top de son développement. Cette voiture fut par la suite équipée d’un moteur Peugeot 204 et même d’un DKW 2 temps.

 

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CD Panhard Le Mans 1964

 

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Le joli (opinion perso) coach de route, vendu par Panhard,
reprenait la caisse des premières CD de compétition.

 

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La Devin Panhard, une totale ressemblance avec une barquette D.B. des années 50
même les pneus sont français (Michelin X)….

 

et pour finir, des D.B. Panhard made in USA ! ! !

Pas tout à fait mais presque… Mister Bill DEVIN fut un constructeur automobile à l’unité ! Dans les années 50 et 60 il construisait des voitures de compétition avec des châssis tubulaires maison et des carrosseries en polyester tout aussi maison, qu’il équipait de moteurs VW, Porsche, 6 cylindres en ligne ou à plat (Corvair) ou V8 américains. Et Panhard !

 

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A comparer avec la « vraie» D.B.….. (3)

 

Pour en savoir plus, les indispensables :

http://panhard-racing-team.fr/ par Charly RAMPAL pilote et restaurateur de Monomill (la voiture de Gilbert Poujenc).

https://www.panhard-concept-historique.com/ tout sur tous les véhicules Panhard.

 

(1) Parmi ces zonards se trouvait un célèbre guitariste : Django Reinhardt. C’est là qu’il fut grièvement blessé à la main gauche dans l’incendie de sa roulotte. Pour continuer à jouer, il mit au point une technique très particulière, sa main gauche ayant pris une forme de crochet ! C’est ce qui m’a fait penser que jouer de la guitare était très facile. J’ai tanné mes parents pour qu’ils m’achètent une Di Mauro. Et là j’ai compris mon erreur…

(2) Ces informations se trouvaient dans ma note « Bleu de France » parue sur Mémoire des Stands.

(3) Je n’ai pas trouvé de trace d’un accord écrit entre D.B. et Bill DEVIN. Je soupçonne pourtant qu’il doit bien en exister un…

 

- Illustrations ©IGN, ©F.Rainaut , ©DR

18:39 Publié dans r.bonnet | Tags : d.b., panhard, deutsch, bonnet | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |

Commentaires

Francis merci et bravo pour ton exceptionnel talent qui consiste à dégotter des illustrations rarissimes qui "collent" parfaitement à mes textes !

Écrit par : Raymond Jacques | 23 décembre 2025

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Belle revue de détails de ces Pan!Pan! sportives version DB qui ne manquaient pas de caractère et dont le ramage valait bien le plumage!

Écrit par : F.Coeuret | 23 décembre 2025

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Merci Raymond. Je dois avouer que cette note m'a donné un peu de mal à mettre en page, mais en retour elle m'a appris beaucoup de choses.
Notamment les méandres de l'aventure Panhard, dissimulés en pas mal de branches, sans oublier la découverte du site de l'IGN (remonter le temps) qui regorge de pépites.
A leur époque je les moquais - les Pan Pan - pour leur bruit, aujourd'hui je découvre toutes leurs subtilités mécaniques, il en aurait pas fallu de beaucoup pour en faire des Lotus à la française.

Écrit par : Francis Rainaut | 24 décembre 2025

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A une époque pas si lointaine des artistes de la clé de 13 montaient des moteurs Panhard sans doute gonflés dans des AMI 6 qui sonnaient alors comme des BM avec des pots Vattier... J'ai même connu une Fiat 500 qui rugissat comme une Norton Commando ! Pour tout savoir sur les finesses du flat-twin Panhard voir le site de Charly Rampal, l'homme qui sait tout sur le sujet !

Écrit par : Raymond Jacques | 24 décembre 2025

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