30 mai 2014
1966' Grand Prix movie - Ouverture
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En cette période de festival de Cannes et de Grand Prix de Monaco, il nous a paru intéressant de revisiter le film culte de John Frankenheimer sorti en 1966, en le découpant épisode par épisode.
"Marches le pied au plancher, mais fais attention de ne pas exploser le moulin ..!"
Signé Francis Rainaut
Mais d'abord, parlons un peu "technique"...
Impossible de parler de Grand Prix sans décrire les choix techniques ambitieux du réalisateur.
Grand Prix a été tourné en Super Panavision 70, technologie de prise de vue faisant appel à des objectifs Panavision 70 mm et à un négatif 65 mm qui permet le tirage de copies 70 mm dans des conditions optimales. Contrairement à son homologue l’Ultra Panavision 70 qui utilise des lentilles anamorphiques, le Super Panavision utilise des lentilles sphériques pour obtenir un ratio d’image de 2.20 :1.
Ainsi lors de la projection en salle, l’image - contrairement à Mylène - n’a pas besoin d’être anamorphosée (1).
Le son est enregistré sur 6 pistes magnétiques situées de part et d'autre de l'image. Il est restitué à la projection sur 6 voies amplifiées séparément dans la salle.
La qualité de l'image et du son ainsi obtenue est à ce jour inégalée. Tout ceci a un prix. A titre indicatif, le tirage d'une copie 70mm coûte près de 15.000 euros, quand celui d'une copie 35mm (format standard) coûte dix fois moins cher (2).
Les films Exodus, West Side Story, Lawrence d'Arabie, 2001, l'Odyssée de l'espace, ou encore Grand Prix ont notamment été tournés en Super Panavision 70.
Le film raconte une saison de Formule 1 et la lutte entre quatre pilotes pour gagner le championnat. A ce côté presque documentaire, John Frankenheimer ajoute une romance un peu désuète entre un pilote et une journaliste, romance qui casse un tout petit peu le rythme. Mais, le plus intéressant reste les scènes de course; le générique de début est une merveille de technique avec une utilisation très opportune du split-screen et des effets de mosaïque. La plupart des images ont été filmées pendant les courses de la saison 1966, et on a du mal - sauf pour les lecteurs avertis de MtSO, bien entendu - à les distinguer de celles mises en scène par le réalisateur.
Il est temps de passer aux images. Je me suis attaché à importer des extraits de Grand Prix sur YouTube en m'attachant à respecter le format 2.20:1 qui est plus large qu'un format TV 16/9e et bien sûr que l'antique format 4/3.
Une fois passée l'introduction (3), soulignée par la musique envoutante de Maurice Jarre, nous découvrons le générique, l’œil s'attarde sur les noms de tous les acteurs de la course auto des 60', mention spéciale à Bernard Cahier très présent tout au long du tournage ainsi qu'à Tommy Franklin dont on ne va pas tarder à entendre la voix de ténor inimitable, du moins dans la version française du film.
La liste des pilotes de course apparaissant dans Grand Prix est impressionnante:
- les champions du monde Juan Manuel Fangio, Jack Brabham, Phil Hill et Graham Hill.
- les pilotes Chris Amon, Lorenzo Bandini, Jean-Pierre Beltoise, Bob Bondurant, Joakim Bonnier, Ken Costello, Nino Farina, Paul Frère, Richie Ginther, Dan Gurney, Dennis Hulme, Tony Lanfranchi, Guy Ligier, Bruce McLaren, Michael Parkes, Andre Pillette, Teddy Pillette, Peter Revson, Jochen Rindt, Jim Russell, Ludovico Scarfiotti, Jo Schlesser, Skip Scott, Joe Siffert et Mike Spence.
- les pilotes non "crédités" Jim Clark, John Surtees, Jackie Stewart. Il sont engagés sur le projet concurrent de Steve Mc Queen Day of the Champion. et ne peuvent contractuellement pas apparaître officiellement dans Grand Prix.
A la voiture caméra, c'est le plus souvent Phil Hill qui officie. Les voitures utilisées sont une Ford GT40 mais aussi une AC Cobra.
Du coté des pilotes "vedettes" : Pete Aron (James Garner) pourrait être inspiré de Chris Amon (4), mais semble plus proche d'un Phill Hill, Scott Stoddard (Brian Bedford) de Jim Clark, mais aussi de Jackie Stewart (dont le frère Jimmy pilotait jusqu'à un grave accident), Jean-Pierre Sarti (Yves Montand) de John Surtees mais aussi peut-être de Jean-Pierre Beltoise. Nino Barlini (Antonio Sabato) pourrait, quant à lui, évoquer Lorenzo Bandini avec toutefois un coté nettement plus juvénile; et puisque nous sommes en 2014, on se permettra d'évoquer aussi Daniel Ricciardo et son sourire inoxydable.
Pendant le tournage, Montand sortit de la route et fut alors terrifié de reprendre le volant. L'équipe de tournage modifia une monoplace pour qu’elle fut remorquée par une Ford GT40. Cette étrange attelage atteignait des vitesses d'environ 210 km/h. Mais Montand fut beaucoup plus sécurisé par ce procédé que par le fait d'avoir à conduire lui-même.
Bob Bondurant, Phil Hill, John Frankenheimer: ©DR
Lors d'une interview (5), Peter Dick interroge John Frankenheimer:
PD: Quelles ont été les pires difficultés lors des prises de vue sur les week-ends de course ?
JF: Eh bien, le plus difficile a été Monte-Carlo, car si j'avais eu un problème à Monte Carlo, si nous n'avions rien pu faire à Monte Carlo, alors le film aurait été foutu. Personne ne voulait de nous. C'était terrible, car Monte Carlo à cette époque était sous la coupe à la fois d'Aristote Onassis et du Prince Rainier - et ils se détestaient l'un l'autre. Ainsi lorsque Rainier voulut fermer la route pour nous, Onassis, qui avait des parts dans le Casino, l'ouvrit alors au traffic. Ainsi au moment où nous arrivions avec les voitures de course au virage du Casino, il eut un feu rouge et nous dûmes appuyer sur les freins.
Et puis Yves Montand eut un terrible crash à cet endroit, lors des prises de vue pendant les essais. Par chance il réussit à sortir de la monoplace. Il était couvert d'essence; il commença à allumer une cigarette et juste avant qu'il porte la cigarette à ses lèvres, je parvins à faire sauter le briquet de ses mains. Sinon il se serait tué lui-même. C'était terrible.
Et aussi, nous nous aliénâmes tout le petit monde de la course auto à cause des embouteillages que nous occasionnions en fermant les routes. Nous subissions ces horribles bouchons jusqu'à la frontière italienne. Colin Chapman manqua une session entière à cause de nous. Vous pouvez imaginer que tout n'allait pas pour le mieux ! La chose toute entière était terrible, la semaine toute entière à Monte Carlo. Après cela, rien ne fut simple, mais au moins nous étions sur la bonne voie.
PD: Et à propos de Spa en Belgique ?
JF: A Spa nous avons connu aussi ce genre de problèmes, Spa étant constitué de routes publiques... et il pleuvait sans arrêt à Spa à cette période. Mais quand nous arrivâmes à Spa, il faisait un soleil brillant. Ainsi nous fîmes tout notre travail dans des conditions ensoleillées, mais le jour de la course c'était très nuageux. Quand nous sortîmes avant la course avec nos voitures, c'était horriblement nuageux et bien sûr dès le premier tour les vannes célestes s'ouvrirent en grand.
...
A Suivre...
Frankenheimer, Amon, P.Hill: ©BernardCahier
(1) Anamorphose : déformation réversible d'une image à l'aide d'un système optique - tel un miroir courbe ou un procédé mathématique -.
(2) Signalons à ce propos la rétrospective ‘Cinéma en 70mm’ de la Cinémathèque qui présente du 13 au 30 Juin 2014 un corpus de 11 films représentatifs de ce format dit de prestige. Inexplicablement, Grand Prix n’y figure pas.
(3) On ne soulignera jamais assez le travail remarquable de Saul Bass, voir à ce sujet le site suivant, http://www.artofthetitle.com/title/grand-prix/
(4) Alors que le casque de Chris est lui, inspiré de celui de Pete Aron, Kiwi en plus et couleurs inversées.
(5) John Frankenheimer: Interviews, Essays, and Profiles, edited by Stephen B. Armstrong
17:50 Publié dans j.surtees, Musique, p.hill | Lien permanent | Commentaires (9) | Facebook | |
Commentaires
Écrit par : Christian Magnanou | 31 mai 2014
Répondre à ce commentaireÉcrit par : MSo | 31 mai 2014
Écrit par : Christian Magnanou | 31 mai 2014
Répondre à ce commentaireÉcrit par : RMs | 03 juillet 2014
Écrit par : Raymond Jacques | 12 juin 2014
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Hawotte Alain | 20 juin 2014
Répondre à ce commentaireEt puis, surprenante cette photo de Amon avec le casque de "Stewart/Stoddard"
J'ai toujours regretté l'absence totale de Clark dans ce film, je comprends maintenant pourquoi.
Écrit par : Ostermann | 03 juillet 2014
Répondre à ce commentaireSur Jim Clark, citons Frankenheimer "McQueen got Surtees, Stewart and Clark. They where under contract to him. Surtees and Stewart came around [to us] but Clark never did."
Écrit par : RMs | 03 juillet 2014
Mais j'avais beaucoup aimé !
Écrit par : elisabeth HUBERT | 07 mars 2016
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