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12 juin 2014

Chaparral - les oiseaux de feu (part 1)

jim hall,phil hill,hap sharp,jo bonnier

Chaparral est  l'autre nom sous lequel on désigne le Grand géocoucou, un oiseau du Texas immortalisé par le dessin animé Bip Bip et Coyote.  En 1961 la marque Chaparral est fondée par Jim Hall et Hap Sharp qui reprennent le volatile comme emblème de leurs productions. Les deux associés installent l'usine à Midland au Texas et lancent la construction d'un circuit privé, le "Rattlesnake raceway", dans un endroit plutôt aride.

jim hall,phil hill,hap sharp,jo bonnierIls décident à partir de 1966 de se frotter au gratin de l’endurance mondiale.
La  Chaparral 2D cause alors  la surprise en venant affronter le Mans dotée d’une inédite transmission automatique. Mais avant, remontons aux premiers exploits de nos deux acolytes...

- Voir aussi: Chaparral - les oiseaux de feu (part 2)


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Abilene, Texas, ton univers impitoyable... Ne confondons pas, Abilene n'est certes pas loin de Dallas, mais il s'agit ici de Ellis Hall, un géologue, qui a fondé la Condor Petroleum Company, un business d'exploration de gisements de pétrole et de gaz. Ellis a eu trois fils, le second s'appelle Jim.

L’histoire présente quelques similitudes avec une célèbre série TV, sauf que le protagoniste n’est  pas John Ross, mais bien James Ellis Hall dit Jim Hall et qu’il ne s’agit pas des pétroles Ewing, mais de Condor Petroleum. C'est normal, nous sommes au Texas, "à l'ombre des derricks".

The Victoria Advocate – 26 sept. 1954

CondorPetroleum.JPGEn 1953, la tragédie frappe la famille Hall. Le père de Jim, sa belle-mère et sa sœur sont tués dans un accident d’avion lorsque leur De Havilland Dove privé s’écrase en Alaska. On mit six mois à retrouver les restes du crash...

Jim suit les traces de son père et s'en va suivre à Los Angeles les cours de géologie du célèbre Cal Tech, le California Institute of Technology. Il utilise pour se rendre au collège rien moins qu’une Corvette noire qu’il gare en dehors de l’établissement, ne voulant pas passer pour un gosse de riches. Auprès de ses camarades, le grand et longiligne Hall apparait comme un solitaire, le type même du cow-boy modeste et tranquille.

Mais après un brusque changement d'orientation, c'est diplôme d'ingénieur en mécanique en poche qu'il débarque au Caroll Shelby Sports Cars en 1957. Une société chargée de l'entretien et de la revente de voitures de course, qui appartient à Caroll Shelby, mais aussi à Dick Hall, le frère aîné de Jim. Initié par son frère, Jim va s'impliquer de plus en plus dans la compétition automobile.

Condor Petroleum est vendue en 1954, ce qui signifie que Jim Hall a désormais des moyens suffisants pour assouvir sa passion.

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Jim s'essaie bientôt à la monoplace en Formule Junior. Il remporte deux courses à Sebring et Nassau en 1960. La même année il participe à son Grand Prix national qui a lieu à Riverside au volant d'une Lotus 18 Climax et se classe septième. Une autre époque...

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Il décide alors de devenir constructeur et s'associe à son ami James "Hap" Sharp (1), un bon pilote travaillant dans le pétrole (!) et possédant une fortune personnelle. Les débuts ont lieu en 1961 avec la MK1, une barquette à moteur avant Chevrolet V8 et châssis tubulaire derivée de la Scarab-Reventlow.

La première vraie Chaparral, la 2A est conçue en 1963 depuis l’Europe où Jim est occupé en F1 (2). La 2A a toujours un  moteur Chevrolet, mais il est placé en position arrière, le dessin est largement inspiré de la Corvair Monza GT, projet tout droit sorti du bureau d’études de la GM, firme pour laquelle Jim est expert consultant et qui lui fournit au passage moteurs et transmissions.

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L'originalité de la 2A réside dans sa structure monocoque en matériaux composites. Cette technique qui anticipe l’arrivée des coques carbone vingt ans plus tard permet un gain de rigidité en dépit d'un poids plus élevé que celui d’une coque alu. A noter que ces mêmes coques serviront de base aux futures productions de la marque.

A son Volant, Jim Hall remporte l’USRCC (United States Road Racing Championship) en 1964; sur 25 départs, il compte sept victoires absolues, six secondes places et 2 places de troisième. En 1965 la Chaparral 2C évolution de la 2A domine l’USRCC avec 16 victoires sur 21 courses.

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Hall et Sharp décident alors, à l’instar de Ford au même moment, de se frotter à l’élite européenne symbolisée par la prestigieuse écurie Ferrari et engagent la 2A aux 12H de Sebring.


 

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Pour un coup d’essai, c'est un coup de maître. La Chaparral - avantagée il est vrai par un poids inférieur de 600 livres à celui des Ferrari et des Ford régulièrement engagées dans le championnat du monde des marques - va remporter cette course apocalyptique où un orage tropical se déchaîne en fin d'épreuve comme en témoignent les images du feuilleton Michel Vaillant, épisode Sebring, images connues de tous les passionnés.

Fort de ce succès, les deux compères décident alors d'affronter le gratin de la course automobile mondiale sur leur propre terrain en Europe, rendez-vous est pris en 1966 pour la plus prestigieuse de ces épreuves, nous parlons bien entendu des vingt-quatre heures du Mans.

A cet effet est développée la Chaparral 2D, une évolution à carrosserie fermée de la 2C. Ce qui n'est pas détaillé ici, mais que montre bien la couverture du #3 de Virage auto, c'est que la 2C possède déjà ce qui sera la caractéristique principale des Chaparral, à savoir un aileron arrière ayant pour effet d'appliquer des forces aérodynamiques verticales sur le châssis. Plus discret est le flux d'air avant lui aussi bien anticipé par les ingénieurs. Déjà la dynamique des fluides, en 1965 ! La première version de la 2D possèdera également cet appendice, qui fut modifié en Europe pour des raisons de réglementation, point qui reste cependant à éclaircir.

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Comme toutes les Chaparral, la 2D se démarque de ses concurrentes par ses solutions d'avant garde: boîte semi-automatique, coque en résine epoxy, prise d'air dynamique. Equipée d'un moteur Chevrolet de 5,3 litres développant 450 chevaux avec culasses en aluminium, elle remporte les 1000 km du Nürburgring devant les Ford et les Ferrari, pilotée par Phill Hill et Jo Bonnier qui maitrisaient mieux les 22 km du circuit de l'Eifel que les purs pilotes yankees, dixit Jim Hall. Elle sera moins chanceuse dans la Sarthe où une bête panne de batterie l'élimine après 111 tours. Dommage... L'oiseau texan semblait parfaitement capable de se mêler à la lutte pour la victoire, quoique bien esseulé.

C’est précisément cette année-là qu’un curieux caprice du destin donne à Chris Amon - associé à Bruce McLaren – une victoire chanceuse qui aurait normalement dû revenir à l’équipage Ken Miles – Denny Hulme. Quant à la Scuderia venue avec trois splendides P3, elle a malheureusement subi le contrecoup des grèves à répétition affectant sa production  en 1966. Triplé donc pour l’armada Ford avec ses MkII, les places d’honneur revenant à Porsche avec ses Carrera 6.

A suivre...

(1) Se sachant condamné par une longue maladie, Hap (Happy New Year) Sharp s'est donné la mort en 1993. Il était né le 1er janvier 1928, d'où son surnom.

(2) En 1963 Hall a vécu en Grande-Bretagne la plus grande partie de l'année. Il courrait alors en Formule 1 sur une Lotus-BRM privée de l'écurie BRP.

- Images ©DR

- Vidéo    ©Les Aventures de Michel Vaillant

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Colani Chaparral 1966

Addendum: grâce à de solides complicités dans la place, j'ai réussi à remettre la main sur une interview de Jim Hall issue du site PaddockTalk, document que j'avais initialement publié sur une page (ou groupe) internet à laquelle je n'ai plus accès. Je vous livre le précieux document que j'ai volontairement choisi de ne pas traduire.

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Q&A: Jim Hall: The Origins Of Chaparral White And #66 :: PaddockTalk

Q: What's the history behind the number 66?

Jim Hall:"The 66 was actually a random thing. I was taking a car to Nassau in the Fifties. It was a new car coming from England that I first saw at the dock. There was a young man standing there with a paintbrush in his hand who asked me if I would like him to paint the numbers on it. I looked in the program and I had been assigned 66, so I said: 'sure - paint it on'. That number then stayed with the car and later I thought, 'I like that number and no one else seems to be using it, so I just stuck with it'. Really it was just a random number but it came to mean a lot to me over the years because I ran it wherever I could. It was nice when Gil called last year and said: 'what would you think about me running number 66 on my car'. I replied: 'if you want to then that's great - go for it'. So I was pleased with that."

Q : What are the origins of the evocative white livery?

Jim Hall:"It was originally called 'GM fleet white' - I guess they put it on their fleet cars. It's not quite a pure white; it's a little bit off. It doesn't look like a refrigerator as it has a very small amount of yellow in it. The reason we ran it and liked it was because we live out here in Texas where the sun shines hard every day and if you sit in a dark painted car it gets hot. We started racing in the South West and at circuits like Riverside and Las Vegas as well as other places where it's a hundred degrees, so white was a pretty practical colour."

 

Signé Francis Rainaut

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Commentaires

Bonjour et bravo Francis pour tes pages d'histoire fort documentées à propos de ce constructeur génial. Je te remercie de m'avoir fait, à cette occasion, découvrir ce blog dont j'ignorais l'existence.

Bien vélocement ! Philippe Vogel

Écrit par : Philippe Vogel | 25 juillet 2014

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