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20 juin 2017

La pointe Bordino

pietro bordino

 

  Dans l’entre-deux guerres, toute voiture un tantinet sportive se devait de présenter une « pointe Bordino », gage visible de performance et de vitesse. La « pointe Bordino », donnait au conducteur de la voiture qui en était dotée un statut de sportsman, voire de pilote de courses. Pratiquement, il s’agissait de finir l’arrière de la carrosserie en rétrécissant ses flancs, jusqu’à ce qu’ils se rejoignent dans une sorte de proue de bateau verticale et à contre sens.

  Mais qui donc était ce Bordino ? Un carrossier inventif, virtuose du tas et du postillon ? Un génial aérodynamicien ?

 

par Raymond Jacques


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 Pietro Bordino

 

Pietro Bordino naît à Turin le 22 novembre 1887 (1). Son père est employé chez FIAT comme gardien de nuit. A 14 ans, le garçon entre chez le constructeur turinois comme apprenti, et son sens inné de la mécanique et son enthousiasme au travail le font remarquer par le directeur de l’usine, l’ingénieur Enrico. Mais ces qualités ont aussi été remarquées par Vincenzo Lancia, le pilote officiel de FIAT, qui n’hésite pas à prendre le jeune Pietro comme copilote ! Le jeune homme participe ainsi à de nombreuses grandes courses, assis sur le siège passager du champion italien : la Targa Florio, la Coupe Gordon Bennett, le Paris-Madrid…

 

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Vincenzo Lancia et Pietro Bordino sur FIAT S61 en 1908

 

En 1908, Bordino, promu pilote d’essais, court en France et il remporte la course de côte de Château-Thierry sur FIAT 24 HP. Cependant, les pilotes officiels de la marque ne lui laissent que peu d’occasions de tenir un volant, aussi il court en moto pour satisfaire son besoin de vitesse. Puis le constructeur italien, qui fabrique une monstrueuse voiture de record, la FIAT S76 munie d’un quatre-cylindre de 28353 centimètres cube (!), confie la préparation de « la Bête de Turin » (2) à Bordino. Ce dernier part au Royaume Uni avec la voiture qui a effrayé Felice Nazzaro lui-même ! En 1911, la « bête », pilotée par Bordino, atteint les 200 kilomètres à l’heure sur la plage de Saltburn-by-the-Sea et il tourne sur le circuit de Brooklands, à presque 187 km/h de moyenne.

 

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La FIAT S76 « Bête de Turin »

 

Après la première guerre mondiale, Bordino court en Europe. En 1921, il s’adjuge le record du tour au Grand Prix d’Italie, au volant d’une FIAT 802, peut-être la première voiture à arborer la poupe effilée conçue par son pilote, et qui portera son nom.

 

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Bordino et sa FIAT 802

 

Pietro Bordino part aux Etats Unis une première fois en 1922, et il y retourne en 1925, où il s’aligne aux 500 Miles d’Indianapolis, sur FIAT 805, et termine dixième. Il court également à Culver City et sur d’autres circuits américains, où le public, impressionné par son style de conduite et par la couleur de sa voiture, lui donne le surnom de « Red Devil ».

C’est au volant de FIAT qu’il obtiendra ses deux victoires en Grand Prix : le Grand Prix d’Italie à Monza en 1922 sur une tipo 804, et le Grand Prix Automobile de Milan en 1927, sur la fabuleuse tipo 806, à moteur 12 cylindres.

 

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Bordino et la FIAT 806

 

Ettore Bugatti fut (peut-être) inspiré par les FIAT à pointe Bordino pour créer son légendaire type 35. En tous cas, l’annonce du retrait de FIAT en compétition au lendemain de la victoire de Bordino au Grand Prix Automobile de Milan, incita le constructeur de Molsheim à proposer un volant au champion italien pour 1928.

Les débuts de Bordino chez Bugatti commencent à Vérone, où il abandonne sur bris de suspension. Puis il termine en quinzième position des Mille Miles sur une T43 de 2300 cc. Sa prochaine course devait être le Grand Prix d’Alexandrie (Alessandria, Piémont). Le 15 avril 1928, alors qu’il s’entraine en vue de cette course, un chien traverse la route devant la Bugatti 35 C du pilote italien. Le cadavre de la pauvre bête bloque la direction de la voiture qui sort de la route et s’écrase dans une petite rivière. Pietro Bordino et son copilote Pietro Lasagni sont tués sur le coup.

 

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L'accident fatal

 

Pietro Bordino fut un pilote très populaire à son époque. Il laisse cependant dans l’histoire des grands pilotes italiens une trace bien moindre que celles qu’on laissées Tazio Nuvolari, Achille Varzi, les Ascari père et fils et même Felice Nazzaro. Mais son nom est resté synonyme d’un dessin de carrosserie, copié maintes fois. Nombreux sont les châssis de cycle cars, de torpédos, berlines et autres coupés, reconstruits avec plus ou moins de bonheur en tenue de course dotée d’une « pointe Bordino »…

 

(1) Ou 1886, voire 1890, suivant les sources.

(2) Elle fut construite à deux exemplaires dont l’un a été détruit et l’autre reconstruit à l’état d’origine par le restaurateur automobile britannique D. Pittaway en 2014.

 

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Targa Florio 1924. Bordino, Fiat 501SS

 

  - Illustrations ©DR

Commentaires

Veuillez s'il vous plait, ajouter un "S" au mot "italien", dans le dernier paragraphe, juste après le mot "pilotes". Avec mes excuses les plus plates.

Écrit par : Raymond Jacques | 20 juin 2017

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Rectification faite de l'auguste main du maitre de céans : merci Francis !

Écrit par : Raymond Jacques | 22 juin 2017

Pietro Bordino n'a rien à voir avec la pointe qui est présentée dans la photo du bas à droite. Moi non plus, d'ailleurs, c'est une illustration qui échappe à mon contrôle.

Écrit par : Raymond Jacques | 20 juin 2017

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Raymond, je le confesse, cette initiative est la mienne, je peux par moments être farceur.
A ta demande, je peux couvrir ce sein que l'on ne saurait voir, mais "from my point of vue", ce serait quand même dommage...

Écrit par : Francis Rainaut | 20 juin 2017

Que nenni, Francis, il faut laisser la pointe, qu'elle soit Bordino ou autre, s'exprimer librement. Comme eut dit le général : "Vive la pointe liiiibre ! ! !".

Écrit par : Raymond Jacques | 20 juin 2017

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