12 septembre 2018
Mont-Tremblant 68 : Un démon roulait avec Amon
Chris Amon a quitté ce monde il y a un peu plus de deux ans. Le Néo-Zélandais, après une longue carrière, retourna sur son île natale et y mena une existence moins tumultueuse que sur les circuits. On lui rappela souvent et avec insistance la malchance qui le suivit méthodiquement comme pour tenter d’obtenir une hypothétique explication au phénomène. Il répondait invariablement que sa chance fut de rester en vie après quatorze années de compétition automobile.
par François Coeuret
Eternel malchanceux
Quelques observateurs avertis évoquèrent un manque de perspicacité quant au choix de ses employeurs. Ils argumentèrent sur son esprit rêveur qui manquait de pragmatisme, d’organisation. Certains, rares mais tout de même, oseront dire qu’il était idiot ! (On ne donnera pas de noms pour ne pas faire offense au milieu.) Bon, il est arrivé au « kiwi » de ne pas avoir pris les précautions d’usage avant ou pendant ses courses. GP de Monaco 71 : il débranche par erreur sa pompe à essence sur la grille de départ. GP d’Italie 71 : il porte un casque aux attaches de visière défectueuses. GP de France 72 : il oublie une consigne concernant les graviers acérés amassés hors trajectoire. Pour équilibrer ces propos et traduire la réalité, il faut bien dire que la plupart du temps il ne portait aucune responsabilité sur ses ennuis. En fait un démon roulait avec Chris… Mais un démon « inoffensif » pourvu d’un esprit très malicieux.
Saint-Jovite, septembre 1968 / Circuit Mont-Tremblant
Le Grand prix du Canada accueille les Formule 1 près de Saint-Jovite (1) sur un circuit au décor naturel comme les années soixante savaient offrir aux amateurs de sports mécaniques. Une piste que beaucoup de pilotes cependant jugent étroite et à la sécurité précaire. Le début de l’année a vu la disparition du grand Jim Clark qui avait démarré le Championnat en trombe. La fin de saison s’avère fort disputée. Avant l’épreuve canadienne quatre pilotes se tiennent dans un mouchoir de 6 points au classement du Championnat Mondial. Hill, Ickx, Stewart et Hulme sont en lice pour coiffer la couronne (2). Chris Amon, lui, possède du retard. Quatre abandons enregistrés depuis le début de saison ainsi que le forfait de l’équipe Ferrari à Monaco lui ont plombé sa saison. Cela n’empêche pas le « kiwi » de se battre comme s’il était encore en compétition pour le titre. Sur les quatre abandons précédemment cités, il faut noter qu’il menait le Grand Prix d’Espagne quand sa pompe à essence le contraignit à stopper.
Lors des essais Amon a raté la pole position car Rindt au volant de sa Brabham Repco a réalisé le chrono de 1’33’’8 avant lui ! Démon farceur !?
Les deux hommes sont accompagnés sur la première ligne par Jo Siffert sur la Lotus 49 de l’équipe Rob Walker. Gurney (Mc Laren), Hill (Lotus) et Hulme (Mc Laren) occupent la seconde ligne. Jacky Ickx, équipier d’Amon, peut aussi à l’instar de son compagnon d’écurie, se qualifier de malchanceux lors de ces essais. Un accélérateur bloqué occasionne une violente sortie de route l’expédiant contre le talus. Le belge se casse une jambe lors du choc.
Deux canadiens sont inscrits pour cette course : Al Pease sur Eagle Climax casse son moteur aux essais et déclare forfait. Bill Brack pilote une troisième Lotus 49 officielle, il se qualifie en dernière ligne.
La course : Dimanche 22 septembre
La course se déroule par une belle journée automnale. Les arbres autour de la piste commencent à revêtir les couleurs de la saison. Le drapeau s’abaisse. Chris Amon a surpris ses petits camarades en prenant la tête du ruban des Formules 1 qui s’étire sur la piste. Siffert suivi de Rindt chassent derrière mais le Néo-Zélandais ne se laisse pas impressionner et tient sa position de leader. Amon semble insaisissable. Ses poursuivants vont s’essouffler derrière. Gurney casse un radiateur, Siffert est victime d’une fuite d’huile. Hill connaît des vibrations qui le ralentissent. Le moteur de Rindt surchauffe. Denny Hulme, Bruce Mc Laren et Pedro Rodriguez sont épargnés mais dominés. Ils pointent dans l’ordre derrière la Ferrari de tête à partir du tour 56. Pour une fois le démon farceur aurait-il changé de cockpit ? La course compte quatre-vingt dix tours et au soixante et onzième tour la situation reste figée… Jusqu’… au soixante douzième … Moment choisi par la transmission de la monoplace rouge pour rendre l’âme !
Et les affres de la malchance reviennent au galop alors qu’Amon rentre péniblement au stand et renonce laissant le champ libre… A d’autres « kiwis » (Hulme-Mc Laren) qui ont réussi à chasser, eux, le démon farceur.
Malchance ? Pas si sûr
Ce dernier, il faut le préciser, rattrapa le tir en quelques occasions. Il jugea que la malchance de son protégé avait des limites. Lors du Grand Prix d’Italie 1968 à Monza Chris Amon sort de la piste, il est victime d’une terrible cabriole sans conséquences graves. Le Mans 69, au volant de sa Ferrari 312P il rattrape la Porsche 917 de John Woolfe qui sort de la route devant lui. La voiture se disloque et s’enflamme. Amon percute la 917, sa voiture prend feu à son tour. Il a juste le temps de stopper et s’extraire indemne de son cockpit. Lors du Grand Prix de Belgique 1976 une violente sortie de route due à une rupture de suspension l’expédie dans les grillages. Sa voiture se retourne, il s’en tire avec une main douloureuse.
Demon prankster watching over him… Jusqu’au 3 août 2016 où le « crabe » emporta Chris Amon à l’âge de 73 ans.
(1) Du nom de la commune de Saint-Jovite, dans les Laurentides au Québec, parfois improprement appelée Sainte Jovite. De Saint Jovite, frère de Saint Faustin, martyrs du IIe siècle.
(2) Graham Hill va finalement tirer son épingle du jeu. Il remporte le championnat grâce à sa quatrième place du Canada, sa seconde aux USA et sa victoire à Mexico. Stewart (Matra) se classe second, Hulme troisième.
- Illustrations ©D.R.
14:55 Publié dans c.amon, d.hulme, j.siffert, j.stewart | Tags : chris amon, mont-tremblant | Lien permanent | Commentaires (4) | Facebook | |
Commentaires
Cela ne s'invente pas, il s’agit de la "Rivière du Diable" ! Je ne pense pas que François ait été au courant. Comme quoi il n’y a jamais vraiment de hasard…
Cette note nous replonge dans les couleurs de l’été indien, avec une ambiance très "Grand Prix Legends", pour ceux qui connaissent...
Merci François, pour conclure je vous incite à savourer la vidéo en fin de note, avec son speaker aux authentiques Rayban Aviator B&L, bercé(e)s par la musique de Maurice Jarre empruntée au cultissime Grand Prix. Tabarnacle, un pur régal !
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