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01 avril 2014

Hit the Road Jack !

jack brabham,matra,françois cevert

Le doyen des vainqueurs de Grands Prix Sir Jack Brabham fête ses 88 ans le 2 avril.

L'occasion pour nous de revenir sur son ultime saison de course en 1970, une sorte de tournée d'adieux aux circuits riche en victoires mais aussi en désillusions.

Qu’on en juge, le « vieux tigre » s’engage cette année-là  sur tous les fronts, F1, F2, Sport-Prototypes et même Indianapolis ! Pas si mal pour un futur retraité.

 

Le 19 mai 2014, Jack est parti retrouver ses amis Jimmy, Bruce, Jochen, Denny,... quelque part dans le firmament où doit certainement exister une sorte de paddock.

Cette note écrite deux mois auparavant prend de ce fait valeur d'hommage.

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La précédente saison – 1969 – avait été assez discrète, on pense alors que Black Jack, enfin rangé des voitures, va laisser sa place à la génération montante des Rindt, Courage et autres Servoz-Gavin pour s’occuper à plein temps de sa firme florissante. (1)

En quoi on se trompe, l’australien avait certes bien envisagé d’arrêter sa carrière et de faire revenir Rindt en tant que premier pilote, mais il souhaitait également  vendre ses parts dans MRD à son associé Ron Tauranac.

Chapman sut alors trouver les arguments pour conserver son pilote numéro un. Sauf que le vieux renard avait plus d’un tour dans son sac. Il commence par vendre ses parts à Tauranac. Hasard ou conséquence, les Brabham reprendront leur couleur originelle bleu turquoise du meilleur effet.

Jack repart alors pour une dernière saison, il fera en sorte qu’elle reste mémorable. On peut aller jusqu'à dire qu’il vaincra les maléfices jusqu’en 70…

jackie_stewart___jack_brabham__south_africa_1970__by_f1_history-d5xgx6d.jpgPremière salve à Kyalami. Pour le 1er Grand Prix de la saison, l’attention est monopolisée par une avalanche de nouveautés, une pléiade de March, officielles ou pas, les Matra V12 dont c’est le retour, les Ferrari 312B Boxer, la de Tomaso rouge engagée par Franck Williams et même la splendide BRM P153, due au talent de l’ingénieur Southgate, celle-là même qui rajeunit instantanément l’image de la respectable firme britannique.

Mais c’est bien le doyen Jack Brabham qui survole la course, bien aidé il est vrai par l’excellente tenue des Goodyear qui chaussent sa BT33, première monocoque de la firme. Le voilà en attendant en tête du championnat.

Insatiable, Jack faillit remettre la gomme lors de la Course des Champions fin mars à Brands-Hatch, où seul des problèmes d’injection à trois tours de l’arrivée lui font manquer la victoire.

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Mais auparavant se sont déroulées les 24H de Daytona où, associé à François Cevert sur une Matra 650 (2), ils font mieux que se défendre au volant de leur « petite » 3 litres.

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Retour glorieux en formule 2 sur le circuit de Pau, au volant d’une Brabham-elf engagée par John Coombs. Il arrive avec un curieux casque très en vogue chez les pilotes d’hélicoptère au Vietnam, assorti à un masque de skieur plus pacifique. On constate à cette occasion que Brabham n’a pas perdu sa vieille habitude d’aller se fournir dans les surplus de l’armée américaine. (3) et (4)

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Il s’offre la 1ère ligne au coté de Jochen Rindt et d’un brillant François Mazet avant de mener de façon autoritaire une bonne partie de la course. Las, une pompe à essence récalcitrante met prématurément fin à sa prestation. Mais quel panache pour un revenant !

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Et puis vint cette course épique de Monaco dont chacun se souvient et qui voit le triomphe de Brabham au terme des 79 tours d’une course…, qui hélas pour l'Australien en compte très exactement 80. La mine de Black Jack le bien-nommé ne fut jamais aussi sombre. Comme maigre consolation il endosse le rôle de favori du championnat.

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Probablement pour ne pas perdre le rythme, le vétéran s’engage aux 500 miles Indianapolis, au volant d’une Brabham BT32-Offy arborant un arrière en forme de bouteille de Coca-Cola, dix ans avant que cela ne devienne la grande mode. Une rupture de piston mit fin à sa course au 175e tour.

La saison 1970 continue, dense et dramatique. Jack perd de nombreux amis, la mécanique le trahit souvent, comme au Mans où les segments, décidément !

La Lotus 72 désormais au point met à mal ses velléités d’être titré une 4e fois,  d'autant que la mécanique ne lui fait plus de cadeau. Pannes et incidents se succèdent, la chance a tourné.

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Arrivent l’automne et les 1000 km de Paris, où l’on attends les protos Matra de pied ferme. Là je nous revois très bien, mes cousins et moi, scotchés aux barrières en béton du vieil autodrome à s'en écraser les côtes, aux trois-quarts envoutés par le champ unique du V12, essayant de capter les moindres mimiques d’Henri, François, Jack et les autres. Ah il ne fallait surtout pas rater le départ, postés comme on l’était à moins de 6 mètres de nos idoles. Les habitués de l’Autodrome comprendront.

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podcast

Ce « good old Jack » avait bien soigné ce final en apothéose, à l’arrivée son sourire était presque aussi radieux que celui de François et de Jacqueline, le soleil illuminait le plateau de Saint-Eutrope, comment pourrais-je oublier ces moments là, j'ai encore les stands en mémoire...

 

A ce stade du récit, je peux enfin vous avouer quelque chose. Avant cette ultime saison, Brabham n’était probablement pas, tout du moins pour un jeune français, le pilote le plus populaire du plateau. Sans doute une question d’âge… Mais au moment de quitter le Circus, il avait incontestablement gagné ma sympathie et surtout mon respect.

Après le Grand Prix du Mexique, Jack range son casque au vestiaire, quelque seize saisons après ses débuts  à Aintree et retourne alors auprès des siens à Sydney, juste un siècle après que son grand-père ait quitté les bords de la Tamise.

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Sir John Arthur Brabham, dit Jack Brabham, AO, OBE, né le 2 avril 1926 à Hurstville, près de Sydney, en Australie.


(1)   De surcroit il s’était brisé la cheville dans un accident survenu lors de tests en juin à Silverstone, ce qui le rendit indisponible jusqu’au grand prix d’Italie en septembre à Monza.

(2)   Son coéquipier dans l’équipe Matra pour la saison entière, excepté Sebring où Dan Gurney assura l'intérim.

(3)   Il s’agit du Gentex SPH-4 très prisé chez les pilotes d’hélicoptère. D’autres pilotes l’ont essayé, Stewart, Courage et aussi Rindt, tous l'ont rapidement abandonné.

(4)    A la fin des 40’ ils vont avec un ami à Darwin acheter du matériel réformé par l'US Army. C’est à cette occasion qu’il découvre les courses de midget.

Signé Francis Rainaut

 

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- Photo 1 ©elf séries

- Photo 3 ©G.Swan

- Photo 5 ©sport.auto

- Autres photos ©DR

 

PS: Brabham m'intimidait trop pour que j'ose lui demander un autographe. François Blaise m'a envoyé une copie du sien. Je l'en remercie.

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Commentaires

il n'aurait jamais du perdre monaco 70,avec la belle bt33,RINDT remontait fort,mais old jack avait tout le temps pour gagner.IL partit de mrd avec la r16 de tauranac,remorque derriere et bt33 dessus,direction est london en af du sud,il gagna la course,demi tour vers mrd(weybridge)toujours avec la R16...maintenant,il faut un semi pour la fford!!!

Écrit par : Gérard Crozier | 01 avril 2014

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Courage a d'autant plus abandonné le casque façon pilote d'hélicoptère que c'est celui qu'il portait à Zandvoort...

Écrit par : ferdinand | 26 novembre 2014

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Quoique teintée de sombre, votre remarque est néanmoins très pertinente...

C'est la vocation même d'un blog de passionnés de susciter les échanges d'idées ou de points de vue, je suis heureux que vous y participiez.

Écrit par : Francis Rainaut | 26 novembre 2014

Merci M. Rainaut.
Au passage : je suis surpris du peu de commentaires laissés sous ces excellents textes. J'ai presque l'impression que l'on ne peut pas venir à la fois ici et dans l'autre maison héritière de MdS, comme s'il fallait choisir son camp. En tout cas, je n'y vois pas les mêmes signatures.
Mais bref, ce n'est pas une raison pour ne pas profiter. A la vôtre!

Écrit par : ferdinand | 28 novembre 2014

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Que vous répondre, ferdinand ?
Primo, que cela permet de constater que les gens sont en définitive plus conformistes qu'on pourrait le penser.
Secundo, il faut se rappeler qu'un lien vers "l'autre maison" est longtemps resté affiché sur memorytso.
La réciproque n'a cependant jamais pu être vérifiée, ne fût-ce qu'une seule fois !

Écrit par : Francis Rainaut | 29 novembre 2014

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