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24 mai 2017

Guy Moll, l’étoile filante…

guy moll,marcel lehoux

  « Moll n'est pas mon premier pilote étranger, mais il est le premier d'exception. Le mélange de ses origines en est peut-être la cause. Il peut être comparé à Moss ou à Nuvolari, ayant avec ce dernier des affinités mentales singulières, le même état d'esprit agressif, une propension naturelle identique à la conduite, et une détermination similaire pour affronter le risque… »

  Enzo Ferrari (cité par Gino Rancati dans son livre « Ferrari a Memory »).

 

par Raymond Jacques


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Guy Moll en 1931

 

Guillaume Laurent Moll est né en Algérie, alors territoire français, le 28 mai 1910 dans une riche famille juive composée d’un père Français et d’une mère Espagnole. Ils s’étaient installés à Rivet (devenue depuis Meftah), à côté de Blida au Sud d’Alger. C’est là que Guy Moll commence à courir en 1930 dans des épreuves locales au volant de sa Lorraine Dietrich personnelle, avec laquelle il obtient de bons résultats. Son pilotage efficace est remarqué par Marcel Lehoux, propriétaire d’un important commerce de gros à Alger et pilote de courses semi professionnel qui s’engage régulièrement dans des épreuves organisées au Maghreb, en France, en Suisse et en Italie.

 

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Marcel Lehoux

 

En 1932, Lehoux offre à Guy Moll de piloter une Bugatti 35C au Grand Prix d’Oran le 24 avril, mais il est obligé d’abandonner sur casse mécanique. Le 22 mai, il subit le même sort au Grand Prix de Casablanca, remporté par Marcel Lehoux sur une Bugatti type 54. Le 25 septembre, Guy Moll est engagé sur la Bugatti 54 de Lehoux au Grand Prix de Marseille couru à Miramas. Il part en pole position (tirée au sort !) et finit troisième derrière Raymond Sommer sur Alfa Romeo Monza et Tazio Nuvolari sur Alfa Romeo P3.

Le 19 février 1933, Guy Moll s’aligne au Grand Prix de Pau sur Bugatti 51. Le circuit en ville est inauguré ce jour-là, inspiré par celui de Monaco. Pau voulant se présenter comme une station de sports d’hiver, la course est courue dans des conditions dantesques, sous des averses de neige et par un froid de canard. Guy Moll finit second derrière Marcel Lehoux. Il participe ensuite au Grand Prix de Tunis le 29 mars et finit huitième sur Bugatti 51.

Il commande alors une des dernières Alfa Romeo 8C 2300 Monza, avec laquelle il court le Grand Prix de Nîmes le 4 juin, finissant troisième derrière Nuvolari et Etancelin. Le 11 juin, il court le Grand Prix de l’ACF à Montlhéry sur son Alfa numéro 46. Il n’est qualifié que 17e sur 19 concurrents, mais il finit la course à la cinquième place derrière Campari sur Maserati 8C, Etancelin, George Eyton et Sommer, tous sur Alfa Monza.

 

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Grand Prix de l’ACF 1933 à Montlhéry

 

Les 17 et 18 juin, Guy Moll court les 24 Heures du Mans, associé à un autre « Pied-Noir », Guy Cloitre, sur Alfa Romeo 8C 2300. Une panne électrique les oblige à abandonner au 77e tour.

 

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24 Heures du Mans 1933

 

Le 6 août, Guy Moll finit troisième au Grand Prix de Nice sur son Alfa Romeo. Le 20 août, il termine  à la même place au Grand Prix du Comminges derrière Fagioli et Wimille.  Puis le 27 août, il finit également troisième à Marseille Miramas derrière Chiron et Fagioli. Le 10 septembre, il prend part au Grand Prix d’Italie, disputé le matin sur l’autodrome de Monza, où il termine à la huitième place.

L’après-midi de ce même jour, est couru en trois manches le dramatique Grand Prix Automobile de Monza, n’utilisant que le « banking » du circuit. Cette compétition est connue sous le nom de « Jour Noir de Monza » En effet Giuseppe Campari, Baconin Borzacchini et Stanisław Czaykowski vont perdre la vie dans un carambolage dû aux hautes vitesses et à la présence d’huile sur la piste. Guy Moll sur Alfa Monza finit à la seconde place de la première manche. Hellé Nice (pour qui j’ai une tendresse particulière : voir « Les femmes aussi…,»), qui pilote aussi une Alfa Monza finit à la troisième place de la seconde manche. La manche finale est remportée par Marcel Lehoux sur sa Bugatti 51. Si ce dernier avait su repérer les talents de pilote de Guy Moll, un autre personnage historique avait fait la même remarque : Enzo Ferrari ! Et Guy Moll sera engagé dans la « Scuderia » pour 1934.

Le 2 avril 1934, la scuderia Ferrari arrive en force à Monaco pour le Grand Prix avec quatre Alfa Romeo P3 (tipo B) : la numéro 18 pour Lehoux, la 22 pour Trossi, la 16 pour Chiron et la 20 pour Moll.

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La Scuderia à Monaco 1934

 

Chiron mène la course devant Moll, mais à trois tours de l’arrivée, il rate le virage de la Gare et va à la touchette. Guy Moll le passe imparablement, et Chiron finit second à une minute et deux secondes. Guy Moll restera le plus jeune vainqueur du GP de Monaco pendant 74 ans, jusqu’à ce qu’il soit détrôné par Lewis Hamilton, 23 ans en 2008.

 

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Victoire de Guy Moll à Monaco. Enzo Ferrari est à gauche sur la photo.

 

Le 6 mai, Guy Moll est battu « sur le fil » au Grand Prix de Tripoli par son coéquipier Achille Varzi : un cinquième de seconde les séparent à l’arrivée !

 

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Tripoli 1934

 

Le 27 mai, Guy Moll conduit à la victoire l’Alfa Romeo P3 carénée lors de l’Avusrennen, compétition courue sur le circuit de l’Avus près de Berlin. Cette curieuse voiture s’est avérée difficile à piloter, car affectée de vibrations à haute vitesse. Seul Guy Moll a accepté de la conduire, ses coéquipiers Chiron et Varzi préférant prendre les P3 classiques. Varzi finira second, Chiron abandonnera sur fuite d’huile.

 

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L’Alfa profilée de l’Avusrennen 1934.

 

La judéité de Guy Moll provoquera des réactions aussi inconvenantes que fâcheuses de la part du public ainsi que la colère des dignitaires nazis présents sur l’évènement…

Le 3 juin, Guy Moll est présent au départ du Grand Prix de Montreux, il abandonnera sur fuite d’huile au 42ème 42e tour.

 

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G.P. de Montreux, Guy Moll à gauche et Luigi Bazzi, chef mécanicien de la Scuderia.

 

Le premier juillet, Guy Moll n’est pas prévu au départ du Grand Prix de France couru à Montlhéry, toutefois il se trouve dans l’assistance. Mais, la boîte de vitesses de la voiture de son coéquipier Trossi ayant perdu sa première et sa troisième vitesse, Guy Moll en a repris le volant abandonné par son pilote ! Il s’offre le luxe de battre le record du tour et termine à la troisième place, partagée avec Trossi.

Le 8 juillet, au Grand Prix de la Marne couru sur le circuit de Reims Gueux, Guy Moll part en première ligne avec Varzi sur Alfa Romeo et Etancelin sur Maserati. Il termine second derrière son coéquipier Chiron, parti en deuxième ligne.

 

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Grand Prix de la Marne 1934 : Varzi n° 14, Etancelin n° 2, Moll n° 16.

 

Le 15 juillet, c’est le Grand Prix d’Allemagne couru sur le Nürburgring. Guy Moll abandonne dès le sixième tour, boite de vitesses cassée.

 

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Achille Varzi à la Coppa Ciano 1934.

 

Le 22 juillet, la Coppa Ciano (du nom d’un amiral et ministre fasciste) se court sur le circuit en ville du Montenero, à côté de Livourne en Italie. Guy Moll part en dernière position. La course se résume en un duel entre Achille Varzi et Guy Moll. Ils terminent dans cet ordre.

 

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Coppa Acerbo 1934 : Caracciola n° 28 Varzi n° 54 Stuck n° 44 en 1ère ligne
En 2ème ligne Nuvolari n° 30 Fagioli n° 50. Moll est en 5ème ligne, hors champ.

 

Le 15 août 1934, dans la Coppa Acerbo (du nom d’un leader fasciste) courue sur le circuit de Pescara en Italie, les Flèches d’Argent germaniques sont là et elles entendent dominer la course. Déjà, les voitures italiennes sont distancées aux plans technique et performances. Caracciola, Fagioli et Henne sont engagés sur des Mercedes Benz W25, Stuck et Sebastian sont au volant des Auto-Union. Pendant la course, la météo est très variable, alternant de violentes averses de pluie, des éclaircies et de fortes rafales de vent, car le sirocco souffle jusqu’à la côte Adriatique. Les arrêts aux stands sont nombreux et la voiture de Chiron prend feu pendant un ravitaillement. Les mécaniciens en extirpent le pilote dont les vêtements brûlent. Guy Moll s’arrête plusieurs fois pour changer ses bougies et ses pneus. Pescara est l’un de ces circuits triangulaires formés de deux routes à grande circulation reliées par une voie secondaire, le tout fermé aux usagers pour les courses. Sur la fin de l’épreuve, seuls Fagioli et Moll sont en mesure de gagner. Dans la partie étroite et sinueuse du circuit, Moll rattrape la Mercedes d’Ernst Henne, retardée car son pilote est gêné par les conditions atmosphériques. Le Français est dans les échappements de l’Allemand et il cherche à le doubler…

L’Alfa Romeo P3 de Guy Moll est soudain déséquilibrée, sort de la route et une roue avant heurte le parapet d’un petit pont. L’Alfa Romeo s’envole, et Moll est éjecté de sa voiture. Il décède dans les minutes qui suivent l’accident. Ernst Henne indiquera par la suite qu’il savait que Moll était juste derrière lui et qu’il voulait le doubler, mais il pensait que le Français attendrait une portion du circuit plus favorable pour effectuer cette manœuvre. Il précisera aussi que les voitures ne s’étaient pas touchées, ce qui sera confirmé par des témoins.

 

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Moll à la poursuite de Henne

 

Henne était un pilote de moto confirmé, mais cette course de Pescara était son premier Grand Prix. A-t-il commis une faute lors d’une tentative de dépassement de Moll ? Est-ce un une violente rafale de vent latéral qui a poussé l’Alfa Romeo ? Est-ce Guy Moll qui a tenté une manœuvre de dépassement vraiment trop hasardeuse ?

 

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L’épave de l’Alfa de Guy Moll

 

La course sera arrêtée tout de suite après l’accident. Le podium final sera : vainqueur Luigi Fagioli sur Mercedes Benz W25, second Tazio Nuvolari sur Maserati 8 CM, troisième Antonio Brivio sur Bugatti T59. Le record du tour restera la propriété de Guy Moll à 142,7 km/h.

 

Guy Moll était le premier Français qui aurait pu, qui aurait dû être champion du monde. Curieusement, il est tombé dans l’oubli dans son propre pays. Les rares informations le concernant se trouvent sur des sites britanniques, américains ou sur l’extraordinaire site espagnol « Pilotos muertos ». La présente note doit donc comporter quelques lacunes, mais j’ai fait mon possible pour retenir l’essentiel et respecter la chronologie. Guy Moll repose au cimetière de Maison Carrée à Alger.

 

 - Illustrations ©DR

Commentaires

... Et depuis, Guy Moll tourne en rond à Alger.

Ok-ok, je sors.

Écrit par : Bruno | 24 mai 2017

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Belle tranche de l'Histoire de l'Automobile. Je n'avais jamais entendu quoi que ce soit sur Guy Moll. Merci de m'avoir permis de le découvrir.

Écrit par : Christian Breithaupt | 24 mai 2017

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Merci Francis
Bel hommage rendu à un pilote étrangemment oublié d'une époque oubliée aussi . Enzo Ferrari qui a connu et fait courir de nombreux pilotes savait de quoi il parlait !

Écrit par : Gerard Koenig | 24 mai 2017

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Cher Gérard Koenig, certes, Francis Rainaut est incontestablement le "boss" de ce blog, mais la présente note est le fruit de mon travail de recherche. Tout comme "Dieppe, la mer et l'automobile", "Les femmes aussi", "De la Grande Roue aux Roues de la Mort : Annie Bousquet", "Les Plongeurs de Monaco", "Arcangues"... J'adore fouiller dans les tiroirs de l'oubli, où se cachent des pépites, comme Guy Moll. La prochaine concernera les premiers moteurs Diesel aux 24 Heures du Mans. Enfin, peut-être, car j'ai le souci de la précision et de l'authenticité, et l'historiographie n'est qu'une longue patience..............

Écrit par : Raymond Jacques | 24 mai 2017

J'ai toujours été fasciné par la trajectoire fulgurante mais inachevée de Guy Moll. Qui plus est dans une période de l'histoire qui s'assombrissait de façon angoissante.
Bravo Raymond pour avoir été aussi complet.
On précise rarement que ces pilotes évoluaient sur des monoplaces certes dangereuses mais qui paraîtraient inconduisibles aujourd'hui.

Écrit par : J.P. Squadra | 24 mai 2017

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Oui, rouler à 250 km/h sur des pneus de 20 centimètres de large, dans une voiture suspendue par des lames de ressort et possédant des freins évanescents nécessitait une certaine passion, voire une passion certaine. Mais... c'était sur une autre planète.............

Écrit par : Raymond Jacques | 24 mai 2017

Merci d' avoir si bien honoré le souvenir de Guy Moll.J' en suis très fière .Il était le cousin germain de mon père et je tenais à vous en remercier.J'ai eu la chance d en entendre parler dans mon enfance et encore aujourd'hui je suis très heureuse .Merci beaucoup..

Écrit par : colette yvars | 22 août 2017

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Merci, Colette, pour votre témoignage. Il me conforte dans l'idée que Guy Moll ne pouvait pas être totalement oublié !

Écrit par : Raymond Jacques | 29 août 2017

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